Les villes sont devenues des pièges qui assignent les corps à des postures rigides, qui canalisent les déplacements pour accélérer les flux de la périphérie-dortoir au centre-bureau. Les villes ce sont de multiples territoires et de multiples frontières visibles ou invisibles. La ville n'est pas habitée, elle est subie par ceux qui y habitent : des lieux sans vie, des vies sans lieux.
Mais quand l'urbanisme sert un agencement savant de la ville à des strictes fins d'utilité sociale, des résistances se déploient, certaines concernent de nouveaux modes de penser l'architecture et l'urbanisme, d'autres la manière même d'y habiter et de s'y déplacer.
Les Yamakasi ont inventé un art, celui du déplacement. Ils ont fait de l'environnement urbain un lieu où inventer des mouvements inédits pour une autre conscience au monde. Les Yamakasi prennent appui sur les murs, les bâtiments, les tours, les cloisons, les garde-fous, les rambardes, sur tout ce qui fait obstacle au mouvement, pour se projeter dans les airs en inventant des sauts et des figures à risque et rythme variables. Pour les Yamakasi, la ville devient le terrain d'une glisse à mains nues. À l'image du surfeur qui apprivoise la vague, le Yamakasi apprivoise la ville, la cité pour en faire un terrain de jeux inconnus. « L'Art du déplacement requiert une parfaite connaissance et maîtrise de soi, tant physique que mentale. Il s'agit de se déplacer en s'adaptant à tout relief dans une course effrénée de haute voltige entre obstacles et vides vertigineux. » Qu'est-ce que les Yamakasi nous donnent à voir ? Peut-être cette capacité à se donner un devenir en s'inventant avec les autres, ou encore la sagesse d'un geste quand celui-ci devient une écriture, un mode de pensée, un état d'esprit dans le désert bétonné urbain.